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Date : 05-02-2025 09:55:32
Serge Grossvak, militant juif pour la Paix en Palestine
Parler d’Auschwitz après Gaza,
Auschwitz est pour moi abyssal. C’est le drame camouflé et toujours présent de mon enfance. Aucun nom n’est prononcé de ces « disparus » de la famille, les livres, le livre de mémoire de l’horreur nazie est cachée. Les silences parlent surtout pour la petite enfance. Auschwitz était là, enfoui et éclatant de ses pousses d’angoisses.
J’avais 3 ans lorsque ma grand-mère m’avait amené en vacances à Sully. Curieuses vacances peu souriantes, pleines d’ennui pour l’enfant que j’étais. Ces longues minutes où ma grand-mère (Mémec) s’est assise silencieuse, prostrée, sous l’arche du pont. Ce pont démarcation que la famille n’était pas parvenue à franchir en 1942.
J’avais 10 ans lorsque secrètement était parvenu entre mes mains les images. 10 ans face à ces amoncèlements de cadavres, face à ces témoignages. Ceux qui jouaient au foot avec des bébés juifs en guise de ballon, celle qui se faisait confectionner des abat-jours avec les peaux tatouées des suppliciés.
J’avais 13 ans lorsque je me disputais avec mes copains qui ne savaient rien d’Auschwitz et ne voulaient rien en savoir.
Et pendant longtemps Auschwitz m’a hanté. J’ai lu et lu et lu pour comprendre. Comprendre comment cela a été possible. Cette inhumanité qui me paraissait unique. Et j’avais l’intention d’accomplir ce voyage à Auschwitz avec mon fils. J’avais réfléchi que 14 ans était le bon âge. Peut être mieux à 15. On va attendre encore un peu… Je n’en ai jamais eu la force.
Depuis un an Auschwitz ne me hante plu, depuis Gaza. Ce génocide explose sous mes yeux, sous nos yeux. Et revoici la mort et la faim, revoici les enfants mis en cadavres. Voici ces gigantesques bombes qui pulvérisent tout, brûlant les corps mis en holocauste. Voici la soldatesque avec ses rictus grotesques affichés et sa shoah par balles. Voici la « solution finale » remise en chantier.
Auschwitz est banal. Hannah Arendt avait tellement eu raison. L’horreur est banale, toujours disponible pour de plus amples abominations, aidée par les progrès techniques. Les Allemands pouvaient dire ne pas savoir, c’était probablement vrai pour un grand nombre, mais aujourd’hui nous savons tous. Aujourd’hui nous avons les images au jour le jour. Aujourd’hui les Israéliens dans leur grande majorité ont été les gardiens du camp de Gaza génocidé.
Auschwitz est maintenant une horreur banale, tout comme Gaza. Auschwitz ne me hante plus, c’est l’avenir qui me hante. Quel holocauste nouveau nous préparons nous à revivre ? A qui le tour ?
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