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Date : 24-12-2024 11:55:37
.... UN DANGEREUX GAUCHISTE ?
Le 20 décembre, à quelques jours de Noël, le pape François a condamné la «cruauté» de l'armée israélienne, qui venait de tuer sept enfants d'une même famille palestinienne à Gaza.
Lors d'une allocution au Saint-Siège, il a déclaré : «Hier, des enfants ont été bombardés. C'est de la cruauté, ce n'est pas la guerre. Je tiens à le dire parce que cela me touche au cœur». De quoi énerver la presse de droite en France, et qui lui vaudrait peut-être des procès pour apologie du terrorisme voire antisémitisme.
Ce discours n'a pourtant rien d'isolé. Samedi 7 décembre, le Pape inaugurait au Vatican une crèche fabriquée à Bethléem, ville palestinienne de naissance du Christ, avec une représentation de l'enfant Jésus enveloppée dans un keffieh. Ce foulard palestinien noir et blanc est un symbole mondialement connu de la résistance contre le colonialisme israélien.
Cette crèche, composée de bois d'olivier, est l'œuvre de deux artistes palestiniens originaires de Bethléem. Le pape a déclaré à cette occasion : «Assez de guerres, assez de violence !», et a appelé ses fidèles à avoir «une pensée pour les frères et sœurs qui, là-bas (à Bethléem) et ailleurs dans le monde, souffrent de la tragédie de la guerre». Il a aussi condamné l’industrie de l’armement «qui se nourrit de la guerre et de la mort».
Au même moment, Macron organisait une show médiatique pour l'inauguration de la cathédrale de Notre-Dame de Paris en compagnie des milliardaires et des stars du showbiz, à laquelle François ne s'est pas rendu. Le Pape a donc fait un choix qui n'est pas anodin : une cérémonie pour les humbles et des colonisés plutôt que la communion du spectacle et de l'argent.
En novembre dernier, des textes du Pape appelaient la communauté internationale à «étudier» les accusations de «génocide» contre Israël, et critiquaient les bombardements au Liban, estimant qu’ils allaient «au-delà de la morale».
Fin novembre, lors d'un discours au Vatican, le pape dénonçait «l’arrogance de l’envahisseur» en Ukraine comme en Palestine. Le Saint-Siège reconnaît d'ailleurs depuis 2013 l'État palestinien, avec lequel il entretient des relations diplomatiques. Un sale islamogauchiste.
Le Pape n'a pas uniquement multiplié les prises de position pour la Palestine, il a aussi dénoncé le racisme et le capitalisme. Le 23 septembre 2023, alors qu'il célébrait une messe devant 57.000 fidèles à Marseille, il avait dénoncé «des nationalismes archaïques et belliqueux veulent faire disparaître les rêves de la communauté des nations» parlé de l’accueil des exilés et de leur sauvetage en mer comme étant «la sauvegarde de la dignité humaine». Évoquant la «journée mondiale du réfugié et du migrant» qui a lieu le 24 septembre, il a ajouté «Ceux qui se réfugient chez nous ne doivent pas être considérés comme un fardeau à porter». Un discours fidèle aux textes bibliques mais totalement contraire aux politiques appliquées par les droites occidentales. Cnews s'étranglait du "wokisme" de l'homme d’Église.
En 2021, pendant la crise sanitaire, le pape François tenait aussi un discours anticapitaliste : «Ce système, avec sa logique implacable du profit, échappe à tout contrôle humain». Il dénonçait le «pacte non signé, mais inconscient, entre l’égoïsme des forts et le conformisme des faibles». Il allait même plus loin en refusant un éventuel retour à la normale, se disant «inquiet» du retour de «la même structure socio-économique qu’avant la crise», qu’il avait qualifiée de «suicidaire», d’«écocidaire» et de «génocidaire». La police française a probablement fiché ce dangereux agitateur comme un membre de l'«ultra-gauche».
Dès le mois de mai 2015, le Pape François s'en prenait au militarisme et au culte du profit avec ces mots : «le diable entre par le portefeuille», «l’industrie des armes : c’est grave ! C’est l’industrie de la mort !» ou «On fait la guerre pour défendre l’argent». François avait conclu son discours par : «Là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix !» Des paroles plus radicales que la quasi-totalité de la gauche française.
Quant à l’extrême-droite, elle se prétend catholique uniquement jusqu’au jour où le Pape lui dit qu’il ne faut pas laisser mourir les réfugiés et les palestiniens. Là, elle se rappelle qu’elle est surtout raciste et colonialiste.
Il faut dire que Jésus était plus révolutionnaire pour son époque que proche des idées de Retailleau ou Bardella, qui n'ont pourtant que la «civilisation chrétienne» à la bouche…
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